Les mots peuvent parfois nous manquer. Nous avons l’impression, pendant une conversation, que le mot que nous cherchons est juste là, que nous l’avons « sur le bout de la langue », comme si nous pouvions le toucher mais que pas le voir, et encore moins l’exprimer ; comme si nous ne nous trouvions pas les clés (que nous avions laissées dans le frigidaire), ou la télécommande (toujours flanquées sous le même coussin). Ces oublis se résolvent généralement quelques minutes ou jours plus tard, quand le mot en question (« Gabegie ! ») revient de ses vacances pour se mettre de nouveau à notre disposition.

Mais qu’en est-il quand il n’est pas question de mots oubliés sinon de mots qui n’existent pas ? Toutes les langues ont des vides que le dictionnaire n’a jamais terminé de combler, des concepts sur lesquels les spécialistes (lexicographes, techniciens, journalistes, poètes…) n’ont pas encore mis de mot. Ces ‘creux’ dans la langue peuvent être mis à profit pour ‘la création récréative de mots’, une activité qui, bien qu’elle est ses lettres d’or en français (Boris Vian, Antonin Artaud, Raymond Queneau), est particulièrement présente dans la langue anglaise. Depuis que Shakespeare enrichit celle-ci de plus de mille mots nouveaux (ou tout du moins les écrit pour la première fois), des forgerons des mots ont travaillé sur le terrain peu régulé de l’anglais. Le plus connu d’entre eux est sûrement Charles Lutwidge Dodgson, plus connu sous le nom de Lewis Carroll, auteur de Les aventures d’Alice au pays des merveilles. De même que son contemporain Edward Lear, autre poète anglais, Carroll composa des pièces dans le style du nonsense. Dans cet esprit, Carroll mélangea des mots inventés avec des mots courants, la nouveauté se dissimulant subtilement derrière une structure de phrase habituelle :

“Twas brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe (…)”

Un des recours les plus communs à la création de néologismes apparaît dans ces lignes : la contraction de deux termes en un seul, terme que Carroll lui-même définit comme « portmanteau » (‘sligthy’, union de ‘slimy’ et lithe’), un faux-ami qui a été retranscrit en français comme «mot porte-manteau », ou mot-valise.

Il paraît logique que ces grands créateurs de mots surgissent dans des périodes de changements et d’invention importantes : ainsi les règnes de la Reine Isabelle et de la Reine Victoria se sont distingués par l’activité fervente d’hommes et de femmes particulièrement inquiets. Aujourd’hui, nous pouvons raisonnablement penser qu’une époque comme la notre peut donner lieu à un épanouissement similaire du mot créatif. Quels termes pourrions-nous donc créer à l’image de notre époque ? Quelles idées ou quels concept circulant dans les limbes de la langue pourraient se prêter au jeu de la création récréative de mot ?…

Étiquette : anglais

Version en espagnol : http://blog-de-traduccion.trustedtranslations.com/la-creacion-recreativa-de-palabras-2012-03-07.html